02 octobre, 2008

Semblant.

Les yeux posés sur son journal, il fait semblant de lire. Il passe le temps, le temps qui passe si vite et pourtant... Il se demande quoi dire. S'il levait les yeux, il verrait ce monde qui l'entoure, celui qui lui fait si peur et ce, jour après jour. Partout, des gens. Parfois souriants. D'autres font comme lui, semblant. Sentir les aiguilles de l'horloge tourner, un tic tac lourd battant à un rythme effréné.

Il ose. De ses nouvelles, il prend une pause. Abaissant son quotidien, il balaie du regard le restaurant tout plein. À sa gauche, une famille, une conversation et des jambes d'enfants qui fourmillent. Du bruit qui fait plaisir, une chicane de marmots qui s'insultent en vrilles. À droite, un vieillard dans la lune, seul, solitude apaisante ou tristesse mêlée de brume. Au centre, il y a Elle, celle qu'il aime parfois sentir, parfum si doux, un rêve à n'en plus finir. Devant lui, sa femme, celle qui garde le silence depuis un long moment, depuis que la vie lui a offert de graves tourments.

Il observe. Si quelqu'un pouvait au moins lui offrir un peu de verve. Morne, la vie est morne. Pour lui comme pour tous ceux ici, une lassitude sans borne. Un but, un rêve, c'est ce qu'il lui faut. Comment trouver ? Ce serait si beau ! S'accrocher à l'avenir, partir, poursuivre, espérer, devenir ! Il se perd dans ses songes, pourtant la réalité n'est guère un mensonge. La vérité c'est qu'il est lâche, il ne veut pas se mettre à la tâche ! Pourquoi chercher le bonheur ? Il devrait apparaitre tout seul devant lui, comme le soleil après une journée de pluie...

Il soupire et décide de continuer à faire semblant, pose ses yeux blasés sur son journal là devant. Il ne tourne même pas les pages, il soupire encore et reste sage. "À quoi bon changer les choses ?", se dit-il. "Ce serait un risque, ça pourrait être difficile !"... Sa femme tourne la page pour lui en lui disant qu'elle le quitte maintenant, mais lui ne fait aucun bruit. Il se contente de remarquer la date au bas de la page du journal, de plier un coin d'un air tout-à-fait banal. La femme se lève et esquisse un large sourire. Lui fait toujours semblant et se met à rire. Elle quitte. Tout le monde regarde l'homme qui rit les yeux plongés dans son journal. L'horloge tic et tac comme si tout était normal. Normal.

5 commentaires:

Brijit a dit…

Triste réalité. Trop de gens vivent ce genre de vie... Triste, triste et morne...

Gros câlins ma belle Lyne xxx

Karla a dit…

La version Lyne-la-lune du mot pathétique!

Boutdenain a dit…

Ça me fait penser à moi.
Faire semblant que tout va bien, pour éviter l'effusion.
M'ouais...

Je me demande souvent ce qui t'inspire Lyne...!

Karla a dit…

a bout de nain
Sa tres grande sensibilité.

Âme Tourmentée a dit…

Très...trop triste.... mais vrai...

-xxx-