14 octobre, 2008

Dernier adieu. (FICTION)

Ce soir là, elle s'était fardée. Belle comme l'automne, ses joues ornées d'un rose bébé reniaient ses pensées. Ses cils portaient même de la rimelle et maintenant, cils retroussés, elle arborait un regard fier. Devant son miroir se tenait une femme sérieuse, pourtant rêveuse... Elle voulait s'évader, ne serait-ce qu'un seul instant, de sa tristesse et de sa morosité. Elle balaya une larme du revers de la main et se leva pour visiter sa maison comme pour la première fois.

Dans sa chambre à coucher, elle pensa à lui. Son homme des douze dernières années. Elle l'aimait, certes, mais pas assez. Leur bonheur n'en était pas un de communion, mais plutôt un de dévotion. Leur unicité s'était perdu quelque part, entre deux biberons ou quelques changements de couches. Soit, elle ferma les yeux quelques secondes et revit, seconde par seconde, toute leur vie ensemble et en fut quand même ravie.

Sur la pas de la porte de la chambre de leur fils, elle posa une main sur son ventre si vide depuis qu'elle savait qu'elle ne mettrait plus d'enfant au monde. La doudou du petit contre sa joue, elle fit le tour de la chambre en silence. Sur le lit de son fils, elle posa un dernier baiser soufflé.

À la cuisine, elle se tira une chaise et fit semblant de prendre le thé. Elle n'avait jamais pris le thé. Pas le temps, pas d'amies avec qui partager. Elle avait toujours détesté sa cuisine qui avait été témoin de chicanes et de larmes d'enfants trop gâtés nettement trop souvent. Par contre, elle se souvenait d'une baise sur la table de cuisine trop vieille pour le goût du jour...

Au salon, en trébuchant sur un jouet qui traînait encore depuis la matinée chargée que lui avait fait vivre sa plus vieille, elle constata que la photo de famille n'avait pas été dépoussiérée depuis quelques mois. Elle la prit contre son cœur et repoussa un soubresaut d'un hochement de tête.

Au sous-sol, elle s'installa devant l'ordinateur. Sur la page de son journal intime, son blog bien à elle, juste à elle, elle signa un dernier adieu. Tout simple, avec un baiser lancé vers la lune à tous ses copains et copinautes de la grande blogosphère, vaste et toujours si irréelle...

De retour dans sa chambre, elle repoussa la couette et s'y nicha comme un oiseau blessé. Une main sur son ventre en guise d'au revoir à ses enfants, elle poussa la gâchette, pour un dernier adieu à sa vie.

Ce texte est totalement fictif. S.V.P, n'envoyez pas la police chez moi ! (Gros clin d'oeil à toi, qui se reconnaîtras !)